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    Projet pilote

    Édition critique

    Le projet MMJMM porte une édition critique pilote — un travail philologique de 26 mois sur l’une des œuvres-clés du judaïsme maghrébin médiéval.

    L’œuvre

    Le Sha’ar Kevod Hashem

    « La porte de la gloire divine » — traité éthico-philosophique d’Ephraïm Aln’kaoua, écrit à Tlemcen dans la première moitié du XVᵉ siècle.

    Auteur

    Ephraïm ben Israël Aln'kaoua

    Rab el-Kebir

    1359–1442

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    Le Sha’ar Kevod Hashem est un traité philosophique rationaliste-aristotélicien qui s’inscrit dans la lignée maïmonidienne. Composé à Tlemcen — où Ephraïm Aln’kaoua s’est réfugié après le martyre de son père à Tolède en 1391 —, l’ouvrage défend le Guide des égarés de Maïmonide contre les critiques de Naḥmanide (1194-1270), notamment sur deux fronts : la question de l’anthropomorphisme biblique et la théorie de la prophétie comme phénomène intérieur.

    Selon Colette Sirat (La pensée philosophique d’Ephraïm al-Naqawa, DAAT n° 5, été 1980), Aln’kaoua était « sans aucun doute un rationaliste fervent, dans la grande lignée des philosophes aristotéliciens espagnols et provençaux » qui illustrèrent brillamment la science juive aux XIIIᵉ-XIVᵉ siècles. « Le philosophe rationaliste fut oublié par les Tlemcéniens et Ephraïm al-Naqawa entra dans la légende sous les traits d’un personnage qui ne lui ressemblait guère : celui d’un rabbin miraculeux. »

    Il n’a jamais fait l’objet d’une édition critique moderne. Quatre témoins manuscrits sont aujourd’hui identifiés (cf. ci-dessous) — issus de chaînes de transmission distinctes, et notamment non issus du Fonds Luzzatto : les deux principaux passent par les collections Huntington (1693) et Oppenheim (1829), antérieures de plus d’un siècle à l’arrivée du fonds Luzzatto à la Bodleian (1869-1870).

    Le choix de cette œuvre comme pilote n’est pas neutre. Aln’kaoua occupe une position-charnière : il est le passeur du judaïsme séfarade castillan vers le judaïsme maghrébin médiéval. Éditer son texte, c’est rendre lisible le moment de fondation du corpus que le projet MMJMM cherche à reconstituer.

    Témoins manuscrits

    Quatre témoins identifiés, deux chaînes de transmission

    Trois témoins manuscrits accessibles aujourd'hui (Bodleian × 2 + JTSA New York) plus un quatrième hypothétique non localisé (« manuscrit de Shadal »). Tous antérieurs ou indépendants du Fonds Luzzatto.

    Le quatrième témoin — dit « manuscrit de Shadal » — est une hypothèse formulée par Yves Bentura (Rapport d'étude, avril 2026). Sa recherche dans les fonds dispersés de la collection Shadal après 1865 (BNEI Rome, AIU Paris, Columbia, Magnes Berkeley) est l'une des tâches prioritaires de la phase 1.

    Historiographie

    L'odyssée de l'édition (1820 → 2026)

    Avant l'édition critique moderne portée par MMJMM, le Sha'ar Kevod Hashem a connu deux éditions imprimées et une longue chaîne de transmission savante.
    1. Étape 1

      Livourne 1820

      Première édition imprimée

      La première impression du Sha'ar Kevod Hashem paraît à Livourne en 1820, probablement à l'initiative de descendants tlemcéniens installés dans cette ville. Cette édition deviendra rare à la fin du XIXᵉ siècle.

    2. Étape 2

      Tunis 1902

      BliahBuberBekache

      Le dayan de Tlemcen Hayim Bliah (1832-1919) envoie ses disciples R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan consulter le bibliographe galicien Shlomo Buber (1827-1906, grand-père de Martin Buber), qui identifie le manuscrit à la Bodleian. Bliah obtient une copie photographique de l'exemplaire complet (vraisemblablement MS. Opp. 241), publie l'édition à Tunis en 1902 sous l'égide éditoriale de Shalom Bekache (Mumbai → Safed → Alger, voix majeure de la Haskalah maghrébine), avec commentaire savant Petah ha-Sha'ar.

    3. Étape 3

      Jérusalem 1986

      Réédition

      Réimpression de l'édition de Tunis avec, en préface, le récit explicite du mécanisme d'acquisition Bliah → Buber → Bodleian — révélation philologique essentielle pour la reconstitution moderne de l'odyssée du texte.

    4. Étape 4

      MMJMM 2026-2028

      Édition critique moderne

      Première édition critique scientifique, fondée sur le collationnement systématique des trois témoins accessibles (Opp. 241, Hunt. 559, JTSA 969), avec apparat critique, traduction française partielle, introduction historique (s'appuyant sur les travaux de Colette Sirat 1980, Charles Touati, Yves Bentura 2026) et publication chez un éditeur scientifique reconnu.

    L'œuvre dans la pensée juive

    Une défense maïmonidienne, illustrée par une expérience personnelle

    La première partie du traité défend la lecture maïmonidienne d'Onqelos (paraphrase araméenne de la Bible). Aln'kaoua y classe et réfute systématiquement les quatorze objections de Naḥmanide (MS. Opp. 241, fol. 21v-23v), démontrant que toutes les apparentes incohérences d'Onqelos s'expliquent par la sémantique de l'araméen et par le contexte d'énonciation.

    La seconde partie défend la théorie maïmonidienne de la prophétie comme phénomène intérieur : l'influx de l'Intellect Agent sur la faculté imaginative du prophète, contre l'interprétation littérale ou kabbalistique de Naḥmanide.

    L'œuvre est ainsi l'une des dernières grandes expressions du rationalisme maïmonidien avant les expulsions ibériques de 1492 — héritière des philosophes aristotéliciens castillans et provençaux des XIIIᵉ-XIVᵉ siècles, et clôture intellectuelle de cette tradition dans le Maghreb post-exilique.

    Premier extrait

    Démonstration de format

    Le travail philologique sur le Sha'ar Kevod Hashem commence au cours de la phase 2 du projet (mois 5-11). Cette section présente, dès maintenant, la mise en page prévue : hébreu et traduction française en regard sur deux colonnes, avec apparat critique. Le texte ci-dessous n'est pas un extrait du Sha'ar Kevod Hashem : c'est une page bien connue du judaïsme rabbinique, choisie pour son lien thématique avec le projet — la chaîne de transmission.

    Démonstration de format Texte : Pirkei Avot 1:1 (Mishna, IIIᵉ siècle), dans le domaine public. La transcription du Sha'ar Kevod Hashem suivra après le démarrage du travail philologique (mois 5-11).

    Pirkei Avot, chapitre 1, mishna 1

    Hébreu

    מֹשֶׁה קִבֵּל תּוֹרָה מִסִּינַי וּמְסָרָהּ לִיהוֹשֻׁעַ, וִיהוֹשֻׁעַ לִזְקֵנִים, וּזְקֵנִים לִנְבִיאִים, וּנְבִיאִים מְסָרוּהָ לְאַנְשֵׁי כְנֶסֶת הַגְּדוֹלָה.

    Moshe qibel torah miSinai u-mesarah liYhoshuaʿ, viYhoshuaʿ liZqenim, u-zqenim liNviʾim, u-nviʾim mesaruha leAnshei Knesset haGdolah.

    Traduction française

    Moïse reçut la Torah du Sinaï, il la transmit à Josué, Josué aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée.

    Apparat critique

    • Texte hébreu : édition standard de la Mishna (Vilna, 1908), sans variantes substantielles entre les principaux témoins.
    • Translittération : système académique souple (ḥ, ṣ, ʿ, ʾ) tel qu'il sera appliqué à l'édition du Sha'ar Kevod Hashem (cf. note méthodologique de la note de cadrage).
    • Ce passage ouvre les Pirkei Avot par la formulation de la chaîne de transmission — concept central que reprend Ephraïm Aln'kaoua dans plusieurs chapitres du Sha'ar Kevod Hashem.

    Calendrier philologique

    Quatre ans de travail

    L’édition critique est l’axe 3 du projet MMJMM. Elle s’étale sur quatre ans (mois 5 à 21), au rythme du travail des chercheurs partenaires.
    1. Étape 1

      Préparation philologique

      Mois 5-13

      • Collation des trois témoins accessibles (MS. Opp. 241, MS. Hunt. 559, MS. JTSA 969)
      • Examen autoptique à la Bodleian (mission scientifique)
      • Recherche du « manuscrit de Shadal » hypothétique (Fondo Luzzatto BNEI, Magnes Berkeley, AIU)
      • Croisement avec l'édition Bliah Tunis 1902 et la réédition Jérusalem 1986
      • Premier état du texte critique
      Planifié
    2. Étape 2

      Établissement et apparat

      Mois 10-21

      • Texte établi
      • Apparat critique (variantes entre Opp. 241 / Hunt. 559 / JTSA 969)
      • Notes philologiques
      • Introduction historique (Sirat 1980, Touati, Bentura 2026)
      • Traduction française partielle des passages-clés (anecdote de Marrakech 1393, réfutation des 14 objections de Naḥmanide)
      Planifié
    3. Étape 3

      Relecture et publication

      Mois 21-26

      • Relecture éditoriale (comité scientifique)
      • Soumission à éditeur (Brill, Peeters, ou Mossad Bialik)
      • Communication scientifique au colloque de Paris (Phase 3) et de clôture à Jérusalem (Phase 5)
      Planifié

    Équipe éditoriale

    Profil-cible

    L’édition critique sera portée par un duo philologue/historien — l’un en charge du texte établi et de l’apparat, l’autre du contexte historique et de l’introduction. Les deux sont sous la direction scientifique du chef de projet et la supervision du comité.

    Profils recherchés : doctorat en philologie hébraïque médiévale (idéalement avec expérience séfarade) pour le premier, post-doctorat en histoire du judaïsme maghrébin pour le second. Le travail démarre en année 2 du projet.

    Proposer une collaboration

    Publication

    Maisons d’édition envisagées

    • Brill

      Leyde, Pays-Bas

      Référence internationale pour les éditions critiques de textes juifs médiévaux.

    • Peeters

      Louvain, Belgique

      Éditeur de la Revue des Études Juives et d’une collection d’études séfarades.

    • Mossad Bialik

      Jérusalem, Israël

      Maison d’édition scientifique israélienne, complémentaire pour la diffusion en hébreu.

    Le choix définitif sera arrêté avec le comité scientifique en année 3.