Lignée rabbinique
Aln'kaoua
aussi orthographié : Encaoua · Ankawa · Ancaoua · Enkaoua · Alnaqua · Alnakaua · Al-Naqawa · N'kaoua · Elnekave
Originaire de Tolède, avant 1391.
Parcours géographique
- Tolède
- Tlemcen
- Mostaganem
- Alger
- Oran
- Livourne
- Salé
- Paris
- Marseille
- Strasbourg
- Montréal
- Jérusalem
Origine
La famille Aln’kaoua plonge ses racines à Tolède dans le judaïsme andalou du XIVᵉ siècle. Le nom apparaît avec plusieurs variantes selon les régions et les époques : Encaoua (forme algérienne moderne), Ankawa (forme marocaine, attestée notamment à Salé), Ancaoua, Enkaoua, Alnaqua, Al-Naqawa, N’kaoua, Elnekave. L’orthographe Aln’kaoua avec apostrophe — celle retenue par le projet MJMM — reflète la prononciation tlemcénienne traditionnelle. La Jewish Encyclopedia (1906) atteste explicitement la filiation Alnaqua → Ankawa pour la branche marocaine d’Abraham ben Mordekhaï Ankawa (Salé 1810 – Oran 1890).
Antécédents médiévaux (XIIIᵉ-XIVᵉ s.)
Avant la grande césure de 1391, la famille Encaoua est déjà ancienne et intégrée à l’élite rabbinique et administrative ibérique. Plusieurs strates documentées :
Le rabbi correspondant (XIIIᵉ s.) — Yitzhak ben Choushan Encaoua (XIIIᵉ s.), disciple du Meïri de Perpignan et correspondant du Rashba de Barcelone — deux des plus grandes autorités halakhiques séfarades-provençales de son siècle. Ses responsa seraient en partie conservés à la Bibliothèque nationale de France (ms. hébreu 389, à confirmer) et à la Bibliothèque nationale d’Espagne.
Les martyrs toledans (XIIIᵉ s.) — Selon Salomon Ibn Verga dans le Shevet Yehuda (Andrinople, c. 1550), Yehouda et Shmuel Aln’kaoua, notables à la cour castillane (peut-être sous Alphonse IX, 1171-1230), furent faussement accusés du vol d’objets en or massif, torturés jusqu’à un faux aveu, et pendus à Tolède. Trois jours après leur exécution, les objets furent retrouvés entre les mains d’un serviteur du roi. Ce récit, exemplum de la calomnie antijuive, est daté par Ibn Verga vers 1200 et par Zunz (Zur Geschichte und Literatur, 1845) vers 1300 — divergence chronologique à trancher par croisement avec les inscriptions hébraïques de Tolède.
Les descendants du XIVᵉ siècle — La même source rapporte trois figures : Abraham Aln’kaoua, notaire d’Alphonse XI dit le Juste, exécuté à Tolède le 30 septembre 1341 (jour de Yom Kippour) ; Yossef Aln’kaoua et Shlomo Aln’kaoua (moins bien documentés). Le notariat royal d’Abraham témoigne de l’intégration administrative des Aln’kaoua dans l’élite castillane un demi-siècle avant la rupture.
Les Takkanot de Valladolid (1432) — Un autre Encaoua, Shem Tov Encaoua, figure parmi les signataires des Takkanot de Valladolid de 1432, en tant que représentant des communautés d’Andalousie.
L’ancienneté de la famille — au moins deux siècles d’intégration documentée à Tolède avant 1391 — explique l’ampleur de la rupture identitaire que constitue la fuite d’Ephraïm vers Tlemcen après le martyre de son père Israël.
Trajectoire historique
La trajectoire de la famille est exemplaire de l’histoire du judaïsme séfarade-maghrébin :
- Tolède jusqu’en 1391, où Israël ben Joseph Aln’kaoua meurt martyr lors des pogroms (le lieu exact, Tolède ou Écija, reste discuté par l’historiographie).
- Tlemcen à partir de 1391, où Ephraïm Aln’kaoua fonde une yeshiva et devient Rab el-Kebir — le Grand Maître. Il y obtient du sultan zayyanide l’autorisation de bâtir le premier lieu de culte juif en 1393.
- Alliance avec les Duran d’Alger dès la troisième génération maghrébine : la fille de Yehouda Aln’kaoua (fils d’Ephraïm) épouse Tzemaḥ ben Shlomo Duran — petit-fils du Rashbatz et fils du Rashbash. Cette union fonde un réseau familial qui structurera la halakha maghrébine pendant plus d’un siècle (correction généalogique mai 2026 : le gendre n’est pas « fils du Rivash » comme parfois indiqué — le Ribash n’a aucun lien Duran).
- Alger — jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, les descendants du Rab de Tlemcen jouent un rôle prédominant comme rabbins et dirigeants de la communauté algéroise.
- Livourne à partir du XVIIᵉ siècle, où plusieurs branches émigrent pour participer au commerce méditerranéen et à la communauté sépharade italienne. C’est cette filière livournaise qui assurera, en 1820, la première impression du Sha’ar Kevod Hashem.
- Diffusion maghrébine au XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles — une branche émigre à Oran : Ephraïm Enkaoua, fils de Samuel, naît à Alger en 1761 et meurt à Oran en 1855, à 94 ans. C’est probablement de lui que descend la branche oranaise des Aln’kaoua.
- Salé (Maroc) au XIXᵉ siècle : la branche marocaine d’Ankawa donne deux figures rabbiniques majeures — Abraham ben Mordekhaï Ankawa (Salé 1810 – Oran 1890), auteur du Zevaḥim Shelamim (Livourne 1858) et du Kerem Ḥemer (Livourne 1869-71), fondateur d’une académie talmudique à Tlemcen ; et Raphaël Encaoua (Salé 1848-1935), premier président du Haut Tribunal Rabbinique de Rabat institué par dahir de mai 1918 sous le maréchal Lyautey, surnommé l’« Ange Raphaël » et le « Ner Hamaarav ».
- Diaspora contemporaine : après l’indépendance de l’Algérie (1962), la quasi-totalité de la communauté juive émigre. Les Aln’kaoua se retrouvent aujourd’hui principalement à Paris, Marseille, Strasbourg, Montréal et Jérusalem.
Branches mondiales documentées
Au-delà de la branche maghrébine principale, le manuscrit Histoire famille Ankaoua (généalogie familiale dactylographiée par un descendant, docs/encaoua-sources/) atteste plusieurs branches mondiales issues de la dispersion post-1391, retracées sur cinq siècles via les archives communautaires :
- Salonique (Empire ottoman) — R. Joseph Encaoua, fils d’Abraham (vers 1620).
- Costa (Bulgarie ottomane) — R. Isaac (1663), R. Jacob (1700), R. Ytzhak (1563, disciple du Rabbin Matrani), R. Jacob (1600, fondateur d’une école rabbinique), R. Yom Tov Encaoua (auteur du Chebitatt Yom Tov).
- Sofia (Bulgarie ottomane) — R. Ephraim Encaoua (1714), R. Moche Encaoua (1675, auteur du rituel Otzar Nehmad), R. Bechor Aaron Encaoua (né Costa 1847, parti pour Israël 1867, Président du Tribunal Rabbinique Séfarade jusqu’à sa mort en 1906). Son fils R. Joseph Encaoua, rabbin à Alger, auteur de Chomea Yossef.
- Buenos Aires — R. David Encaoua, fils de R. Bechor Aaron (né Costa 1882) — professeur d’hébreu à l’Alliance Israélite, créateur du journal El Judio à Costa puis du journal La Luz (en castillan) à Buenos Aires.
Ces branches « lointaines » témoignent de l’ampleur géographique de la dispersion Aln’kaoua post-1391 : trois continents (Europe, Afrique, Amérique), au moins six diasporas distinctes (Balkans/Ottoman, Maghreb, Italie, France, Israël, Amérique latine), sur près de six siècles.
Une famille au carrefour
L’importance de la famille Aln’kaoua dépasse la transmission d’une œuvre écrite. Par son alliance précoce avec les Duran, par son rayonnement de Tlemcen à Alger puis à Oran et au-delà, par sa présence continue à Livourne, par enfin sa branche marocaine attestée à Salé, la famille forme un carrefour généalogique entre tous les grands centres du judaïsme maghrébin :
- Tlemcen (origine fondatrice)
- Alger (par alliance avec les Duran)
- Oran (branche émigrée fin XVIIIᵉ s.)
- Salé et le Maroc (par Refael Encaoua au XIXᵉ s.)
- Livourne (branche italienne dès le XVIIᵉ s.)
Cartographier les Aln’kaoua, c’est en réalité cartographier les liens entre les grandes communautés maghrébines elles-mêmes. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette famille tient une place centrale dans le projet MJMM.
Héritage écrit
L’héritage manuscrit de la famille comprend au moins :
- Le Menorat ha-Ma’or d’Israël Aln’kaoua (Tolède, vers 1390) — œuvre éthique encyclopédique, première édition critique Enelow (JTS, 1929-1932).
- Le Sha’ar Kevod Hashem d’Ephraïm Aln’kaoua (Tlemcen, première moitié du XVᵉ s.) — première impression à Livourne en 1820.
- Une œuvre attribuée à Yehuda Aln’kaoua, le Yakhin u-Voaz (titre également attribué à Tzemaḥ Duran ; démêlage philologique à conduire).
- Le Zevaḥim Shelemim d’Abraham Encaoua d’Oran (XIXᵉ s.) — recueil destiné aux shoḥatim, important source généalogique sur la lignée tlemcénienne.
- Diverses pièces de copie attribuées aux descendants, à identifier systématiquement.
Les quatre manuscrits Aln’kaoua à la Bodleian
La Bodleian Library d’Oxford conserve quatre manuscrits Aln’kaoua identifiés, répartis sur deux chaînes de transmission antérieures au Fonds Luzzatto :
| Cote actuelle | Concordances | Auteur | Œuvre | Chaîne d’entrée |
|---|---|---|---|---|
| MS. Hunt. 161 | Steinschneider 5447 = Neubauer 1485 | Israël Aln’kaoua | Menorat ha-Ma’or — base de l’édition Enelow 1929-32 | Huntington, 1693 |
| MS. Opp. 146 | anc. Opp. 954 = Neubauer 1312 | Israël Aln’kaoua | Menorat ha-Ma’or — copie séfarade datée 1441, par Moïse le ḥazzan pour Joseph Hayyun (notice KTIV NLI) | Oppenheim, 1829 |
| MS. Hunt. 559, item 2 | = Neubauer 1258,2 | Ephraïm Aln’kaoua | Sha’ar Kevod Hashem (recueil composite séfarade fin XVᵉ s., fin manquante) | Huntington, 1693 |
| MS. Opp. 241, item 2 | = Neubauer 939,2 | Ephraïm Aln’kaoua | Sha’ar Kevod Hashem — exemplaire complet (avec seule copie connue du Sefer Pé’a d’Ibn Tibbon) — base de l’édition Bliah Tunis 1902 | Oppenheim, 1829 |
Aucune de ces quatre pièces n’est passée par le Fonds Luzzatto (Bodleian, 1869-1870) — elles représentent donc deux chaînes oxoniennes pré-luzzatiennes (Huntington 1693, Oppenheim 1829) qui, ensemble, permettent une reconstitution philologique solide du corpus écrit de la lignée. Chacune des deux œuvres-pivots (Menorat ha-Ma’or d’Israël et Sha’ar Kevod Hashem d’Ephraïm) est attestée à la Bodleian par deux témoins issus de deux canaux distincts — situation philologiquement très favorable au collationnement.
C’est l’un des héritages dynastiques les mieux documentés du judaïsme maghrébin médiéval — et l’un des plus emblématiques pour le projet MMJMM.
Note historiographique : l’identification du MS. Opp. 146 comme second témoin du Menorat ha-Ma’or a fait l’objet d’une divergence interne entre sources GMPL en mai 2026 — provisoirement rétractée au batch 1 sur la foi du MD de correction, puis restaurée au batch 4 sur la foi du PDF Bentura, qui s’appuie sur la notice KTIV de la NLI (colophon nominatif et daté). La confirmation directe par C. Merchan-Hamann (curateur Hebraica de la Bodleian) reste à obtenir.
Bibliographie principale
Études académiques de référence :
- Encaoua, David, « Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua », Généalo-J, n° 135, automne 2018, p. 4-17 — synthèse familiale par un descendant direct (économiste, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne), focalisée sur les quatre « passeurs de pensée juive » (Israël, Ephraïm, Abraham, Raphaël).
- Marglin, Jessica, « Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa », Jewish Social Studies, vol. 20 n° 2, hiver 2014 — étude transimpériale de référence sur la branche XIXᵉ-XXᵉ s.
- Sirat, Colette, « La pensée philosophique d’Ephraïm al-Naqawa », DAAT, n° 5, été 1980 — étude philosophique de référence sur le Rab.
- Hirschberg, H. Z. A History of the Jews in North Africa, Brill, 1974-1981.
- Beider, Alexander, A Dictionary of Jewish Surnames from Maghreb, Gibraltar and Malta, Avotaynou, 2017 — onomastique de la lignée.
Sources primaires :
- Encaoua, Abraham, Zevaḥim Shelemim, Livourne, 1858 — source généalogique sur la branche tlemcénienne.
- Encaoua, Raphaël, Paamon Verimon, Jérusalem 1977 — préface de Hanania Dahan retraçant la genèse de la lignée.
Sources mémorielles :
- Site Morial (mémoire de la communauté juive d’Oran). https://morial.fr
- Encaoua.org (mai 2026) — site mémoriel de la lignée.
- Wikipédia français, « Ephraim Al-Naqawa » (consulté mai 2026).
Documentation interne :
- Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/ (2026) — incluant la généalogie manuscrite dactylographiée Histoire famille Ankaoua (78 fichiers, ~28 000 individus modernes).
Membres documentés
-
Yitzhak ben Choushan Encaoua
XIIIᵉ s. — Andalousie / Provence
Andalousie · Perpignan
-
Abraham Aln'kaoua (notaire d'Alphonse XI)
mort en 1341
Tolède
-
Israël ben Joseph Aln'kaoua
1310–1391
Tolède
-
Ephraïm ben Israël Aln'kaoua
Rab el-Kebir
1359–1442
Tolède · Tlemcen
-
Yehuda Aln'kaoua
XVᵉ s.
Tlemcen · Mostaganem · Oran
-
Israël Aln'kaoua (le petit-fils)
fin XVᵉ – XVIᵉ s.
Tlemcen
-
Abraham ben Mordekhaï Ankawa
1810–1890
Salé · Livourne · Tlemcen · Oran
-
Raphaël ben Mordekhaï Encaoua (Ankawa)
1848–1935
Salé · Rabat
Liens dans le corpus
Manuscrits liés
-
Maḥzor selon le rite d'Alger — recueil composite avec piyyutim de Yehuda Halevi
MS. Bodl. Or. 602
-
Menorat ha-Ma'or — manuscrit unique au monde (MS. Hunt. 161)
MS. Hunt. 161 (= Steinschneider 5447 = Neubauer 1485)
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Sha'ar Kevod Hashem — copie B
MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258, item 2)
-
Sha'ar Kevod Hashem — copie A
MS. Opp. 241 (= Neubauer 939, item 2)
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Menorat ha-Ma'or — copie de Joseph Hayyun (1441)
MS. Opp. 146 (anciennement Opp. 954 ; = Neubauer 1312)
-
Sha'ar Kevod Hashem — copie cursive (JTSA New York)
MS JTSA 969
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Sha'ar Kevod Hashem — manuscrit dit « de Shadal » (hypothèse Bentura, non localisé)
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Afra de-Avraham — Abraham Ankawa
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Millel le-Avraham — Abraham Ankawa
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Otsar Ḥokhmah — Abraham Ankawa
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Seivat Avraham — Abraham Ankawa
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Responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua — copie BNE
à identifier
-
Responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua — copie BnF
ms. hébreu 389 (à confirmer)
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Ḥadad ve-Teima — Raphael Encaoua
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Communautés associées
Contributions communautaires
Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.