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    Algérie

    Oran וואהראן

    1000 – 1962

    Le port atypique

    Oran est un port de la côte ouest-algérienne, fondé au Xᵉ siècle par les Andalous. La présence juive y est attestée dès cette époque ; elle s’intensifie au XIVᵉ siècle avec l’arrivée des réfugiés castillans post-1391. Mais l’histoire d’Oran prend un tour radical en 1509, quand le cardinal Cisneros conquiert la ville pour le compte de la couronne de Castille.

    Une enclave espagnole en terre algérienne

    Pendant un siècle et demi (1509-1669), Oran est un présidio — une enclave catholique espagnole sur la côte algérienne, place forte d’où l’on contrôle le trafic méditerranéen. La règle est claire : pas de juifs, pas de musulmans, ville exclusivement chrétienne sous l’œil de l’Inquisition.

    Une exception, cependant. Vingt-huit familles juives sont officiellement autorisées à résider — selon Jean-Frédéric Schaub, Les Juifs du roi d’Espagne : Oran 1509-1669 (Hachette, 1999), compte rendu par Jean-Pierre Dedieu dans la RHMC (2000, n° 47-3, p. 622-624). L’« autorisation officielle » est en pratique flexible : les autorités ferment les yeux sur les présences illégales, et les chefs de la communauté présentent les données de façon à n’exhiber qu’une trentaine de chefs de famille. La communauté compte cependant un demi-millier de personnes à la fin du XVIᵉ siècle.

    Deux clans dominent : les Cansino et les Sasportas. Pourquoi ? Parce que les autorités espagnoles ont besoin d’interprètes capables de négocier avec les puissances musulmanes voisines — Tlemcen, Alger, le Maroc — et que ces familles, à la fois lettrées et bilingues arabes-espagnol, sont irremplaçables. La communauté joue en réalité un rôle qui dépasse de loin la simple intermédiation linguistique : elle entretient des relations familiales, commerciales et politiques avec les villes du Maroc oriental ; elle assure une part notable du ravitaillement de la place (6 000 habitants) ; elle prend les armes quand il le faut sur cette frontière turbulente. « On est à mille lieues de l’image traditionnelle du Juif soumis » (Dedieu/Schaub).

    Pendant cette période, les Cansino édifient une vie communautaire — synagogue, école, scribe — et compilent leurs propres recueils liturgiques, dont le Maḥzor d’Oran en cinq volumes, témoin presque unique de leur minhag.

    La rivalité Cansino — Sasportas (à partir de 1639)

    Pendant plus d’un siècle, les Cansino monopolisent à la fois le poste officiel de traducteur et la direction de la communauté qui lui est attachée. À partir de 1639, leur position est contestée par l’ascension de la famille Sasportas. « Les deux clans font preuve à la fois d’une grande habileté manœuvrière, et d’une parfaite assimilation des mécanismes de don, de contre-don, ainsi que de la conception patrimoniale de l’office, qui régissent les relations politiques dans le royaume d’Espagne » (Schaub). Relations de mérites et mémoires au Conseil de la guerre — l’organisme qui a juridiction sur la place — sont leur quotidien. La rivalité dure jusqu’à l’expulsion de 1669.

    1669 — l’expulsion

    En 1669, la régente Marie-Anne d’Autriche, gouvernant l’Espagne au nom de son fils mineur Charles II, décide d’en finir avec l’anomalie : les juifs d’Oran sont expulsés. En quelques semaines, plusieurs centaines de personnes doivent embarquer. Les Cansino vont à Livourne, où ils continuent leur vie communautaire et où le Maḥzor d’Oran continue d’être copié. D’autres familles vont à Nice, à Tétouan, à Amsterdam.

    Oran après 1792

    L’Espagne abandonne définitivement Oran en 1792, sous la pression ottomane et après plusieurs tremblements de terre dévastateurs. Une communauté juive renaît progressivement, par retour des familles dispersées et par arrivée de juifs venus de Tétouan, du Maroc et de Livourne.

    Au XIXᵉ siècle, sous occupation française (à partir de 1831), la communauté juive d’Oran devient l’une des plus importantes d’Algérie — la deuxième après celle d’Alger. Plusieurs milliers de personnes y vivent au tournant du XXᵉ siècle. Le décret Crémieux de 1870 leur accorde la citoyenneté française.

    La rupture de 1962

    Comme partout en Algérie, l’indépendance de 1962 met fin à la présence juive. La quasi-totalité de la communauté part en France, principalement à Marseille, Aix-en-Provence et Paris — où la mémoire oranaise reste particulièrement vive.

    Aujourd’hui

    Il n’y a plus de juifs à Oran. Mais les cinq volumes du Maḥzor compilés par les Cansino, dans une ville que les Cansino eux-mêmes n’ont pas habitée depuis trois siècles et demi, dorment toujours à la Bodleian Library d’Oxford — sous les cotes Opp. Add. 4° 84 à 88. Le projet MMJMM travaille à leur étude, à leur traduction et à leur retour symbolique vers la diaspora oranaise.

    Sources primaires et bibliographie

    Plusieurs ouvrages de référence sur Oran à l’époque du présidio espagnol sont accessibles en téléchargement libre sur la bibliothèque numérique algerieancienne.com :

    • Diego de HAËDO (1612), Topographie et histoire générale d’Alger, Histoire des Rois d’Alger, De la captivité à Alger — témoignage direct de l’Alger ottoman du XVIᵉ siècle, fréquemment cité pour le contexte oranais des Cansino-Sasportas.
    • Henri-Léon FEY (1858), Histoire d’Oran (avant 1830) — synthèse coloniale du XIXᵉ siècle.
    • F. Élie de la PRIMAUDAIE (1875), Occupation espagnole en Afrique de 1506 à 1574 — étude historique sur la période du présidio.
    • Schaub, Jean-Frédéric (1999), Les Juifs du roi d’Espagne : Oran, 1509-1669, Hachette — synthèse moderne de référence.
    • Hirschberg, H. Z. (1974-1981), A History of the Jews in North Africa, Brill.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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