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    Salomon Ibn Verga שלמה אבן וירגה

    1460–1554

    Séville · Lisbonne · Andrinople (Edirne)

    Auteur canonique du corpus

    Notice

    Rôles
    • Rabbin
    • Philosophe
    Lieux d’activité
    Séville · Lisbonne · Andrinople (Edirne)
    Floruit
    c. 1460-1554

    Vie

    Salomon Ibn Verga (c. 1460-1554) est médecin, philosophe et historien séfarade né en Espagne. Sa biographie est marquée par la triple épreuve de l’expulsion d’Espagne (1492), de la conversion forcée au baptême au Portugal (1497) et du témoignage direct du massacre de Lisbonne en 1506.

    Réfugié à Andrinople (Edirne, dans l’Empire ottoman) après sa fuite du Portugal, il y compose l’œuvre qui fait sa célébrité, le Shevet Yehuda. La rédaction procède donc d’un témoin de l’intérieur de la catastrophe ibérique, et non d’un historien à distance des faits.

    Œuvre commencée par son cousin Yehouda Ibn Verga, poursuivie et essentiellement rédigée par Salomon, achevée et éditée par son fils Joseph Ibn Verga. Édition princeps : Andrinople, c. 1550 ; deuxième édition 1554.

    Le Shevet Yehuda — structure et apport

    Le Shevet Yehuda (שֵׁבֶט יְהוּדָה — « Le Sceptre de Juda ») rassemble environ 75 récits de persécutions du peuple juif, depuis la destruction du Second Temple (70 ap. J.-C.) jusqu’à l’époque de l’auteur. Sa singularité littéraire tient à sa forme : Ibn Verga entrelace les récits historiques avec des dialogues fictifs où s’expriment rois, philosophes, conseillers de cour et théologiens chrétiens, transformant l’historiographie en méditation politico-philosophique sur la condition juive en exil.

    L’ouvrage couvre principalement :

    • les accusations de meurtre rituel (libelles de sang) — il s’agit du premier traité juif spécifiquement consacré à leur réfutation ;
    • les disputations religieuses judéo-chrétiennes ;
    • les décrets d’expulsion et conversions forcées ;
    • les massacres contemporains de l’auteur en Espagne et au Portugal ;
    • une description finale du Temple de Jérusalem et des offices de Pessah et Yom Kippour, comme contrepoint d’espérance liturgique au catalogue des malheurs.

    Selon Yosef Hayim Yerushalmi, le Shevet Yehuda constitue « la première, et précoce, tentative d’analyse socio-politique de la condition juive en exil ». Sa thèse politique paradoxale — selon laquelle les rois, plus respectueux de la loi que leurs peuples, sont les meilleurs garants de la sécurité juive, tandis que la malveillance procède du « bas peuple » et de l’exaltation de certains prêtres — préfigure le débat sur les « alliances verticales » que le sionisme politique de Theodor Herzl viendra contester quatre siècles plus tard.

    L’œuvre est considérée comme un ouvrage de transition entre l’historiographie juive médiévale, dominée par la chronique de martyrs (memorbücher), et l’historiographie moderne, marquée par la recherche causale et la mise en perspective comparative.

    Importance pour MMJMM — source primaire de la lignée Aln’kaoua

    Le Shevet Yehuda constitue, pour la lignée Aln’kaoua, l’une des sources narratives les plus anciennes mentionnant nommément des membres de la famille. Trois niveaux de mention sont identifiables, échelonnés sur près de deux siècles :

    1. Les martyrs toledans du XIIIᵉ siècle

    Ibn Verga rapporte le récit de Yehouda et Shmuel Aln’kaoua, notables à la cour castillane (vraisemblablement sous le règne d’Alphonse IX, 1171-1230), faussement accusés du vol d’objets en or massif au palais. Torturés, ils furent contraints d’avouer un crime qu’ils n’avaient pas commis, puis pendus à Tolède. Trois jours après leur exécution, les objets prétendument dérobés furent retrouvés entre les mains d’un serviteur du roi, établissant a posteriori leur innocence. Le souverain prit alors l’engagement de ne plus tenir compte des aveux juifs obtenus sous la torture.

    Ce récit fonctionne comme exemplum de la calomnie antijuive et comme plaidoyer juridique implicite. La datation de l’exécution diverge selon les sources : vers 1200 selon Ibn Verga, vers 1300 selon Léopold Zunz (Zur Geschichte und Literatur, 1845). Ce point chronologique reste ouvert dans la lignée et mériterait croisement avec les inscriptions hébraïques de Tolède relevées par Moïse Schwab et Cantera-Millas.

    2. Les descendants du XIVᵉ siècle

    L’article ALNAQUA de la Jewish Encyclopedia — dont l’autorité est centrale pour l’établissement de la lignée médiévale — cite explicitement Ibn Verga comme source pour trois descendants :

    • Abraham Aln’kaoua, notaire d’Alphonse XI (dit le Juste), exécuté à Tolède le 30 septembre 1341, jour de Yom Kippour ;
    • Yossef Aln’kaoua ;
    • Shlomo Aln’kaoua.

    L’apport d’Ibn Verga sur ces trois figures est médiat — relayé par l’encyclopédisme juif du XXᵉ siècle — mais il participe de la chaîne documentaire qui fonde la lignée.

    3. Le cadre des massacres de 1391

    Compilant environ un siècle après les faits une synthèse des pogroms qui ravagèrent l’Espagne au début de l’été 1391, Ibn Verga date précisément l’événement au Rosh Hodesh Tamouz 5151 (correspondant au 6 juin 1391) et décrit sa propagation depuis l’Andalousie vers Séville, Cordoue et Tolède.

    C’est exactement le cadre historique dans lequel Israël ben Yossef Aln’kaoua, grand rabbin de Castille et auteur du Menorat ha-Ma’or, périt en martyr — selon la tradition à Écija, où il aurait été brûlé vif dans la synagogue en tenant un Sefer Torah à la main, le même jour qu’un autre rabbin, Yehuda ben Haroche.

    Ibn Verga ne nomme pas explicitement Israël Aln’kaoua dans les passages connus de son ouvrage, mais il fournit la matrice chronologique et géographique de référence à laquelle viennent se greffer les autres témoignages (élégie de Tolède publiée par Cecil Roth en 1948, Crónica anónima de Enrique III, inscriptions épigraphiques).

    Statut de source pour MMJMM

    Le Shevet Yehuda représente, avec la Jewish Encyclopedia (rubrique « Alnaqua ») et les inscriptions épigraphiques relevées par Moïse Schwab, l’une des trois sources fondatrices qui établissent la traçabilité documentaire de la lignée Aln’kaoua au Moyen Âge.

    Sa valeur tient moins à la précision factuelle qu’à la mémoire collective qu’il préserve : il atteste que, dès le XVIᵉ siècle, le nom Aln’kaoua circulait dans la mémoire séfarade comme celui d’une famille de victimes de la calomnie antijuive et de martyrs de la sanctification du Nom.

    Réserves critiques

    Dès 1892, Isidore Loeb a mis en doute la fiabilité historique d’une partie des données rapportées par Ibn Verga, considérant qu’une fraction du matériau relève davantage de la légende que de la chronique stricte. Cette réserve, constamment rappelée par l’historiographie moderne, invite à manier la source avec discernement : précieuse pour ce qu’elle révèle de la mémoire collective séfarade et du regard porté par un témoin sur sa propre catastrophe, elle l’est moins pour l’établissement de datations précises ou de chaînes factuelles strictes.

    Diffusion

    Le Shevet Yehuda fut l’un des livres hébraïques les plus diffusés du XVIᵉ siècle. Il fut traduit :

    • en espagnol par Meir de Leon (Amsterdam, 1640) ;
    • en latin par Gentius (Amsterdam, 1651) ;
    • en allemand par Meïr Wiener (Hanovre, 1856 ; Leipzig, 1858).

    De nombreuses rééditions hébraïques jalonnent les XVIIIᵉ, XIXᵉ et XXᵉ siècles, parmi lesquelles l’édition critique de référence d’Azriel Shochat (Jérusalem, Mossad Bialik, 1947).

    Sources

    • IBN VERGA, Salomon, Shevet Yehuda (« Le Sceptre de Juda »), composé à Andrinople, édition princeps c. 1550, deuxième édition 1554.
    • SHOCHAT, Azriel (éd.), Jérusalem, Mossad Bialik, 1947 — édition critique hébraïque de référence.
    • COHEN, Jeremy, A Historian in Exile: Solomon ibn Verga, Shevet Yehudah, and the Jewish-Christian Encounter, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2017 — étude moderne approfondie.
    • YERUSHALMI, Yosef Hayim, Sefardica, trad. C. Aslanoff et al., Paris, Chandeigne, 1998.
    • Jewish Encyclopedia (1906), art. « Alnaqua » — pour les descendants du XIVᵉ siècle.
    • Dossier de recherche Encaoua de Bernard Bensaïd, docs/encaoua-sources/ (2026) — Notice Shevet Yehuda Al-Naqua.

    Œuvres et témoins manuscrits

    • Shevet Yehuda (« Le Sceptre de Juda »)

      Témoins manuscrits non encore identifiés dans le catalogue.

    Contributions communautaires

    Notes, sources et corrections soumises par les membres et validées par l'équipe scientifique.

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