Lignée rabbinique
Tzarfati
aussi orthographié : Sarfati · Sarfaty · Hassarfaty · ha-Tzarfati · צרפתי
Originaire de Fès (selon la tradition familiale, descendance de Rabbenu Tam, France XIIᵉ siècle), fin XVᵉ – XXᵉ siècle.
Parcours géographique
- France (origine traditionnelle, Rabbenu Tam)
- Espagne (Majorque, sous l'autorité du Ribash)
- Fès (depuis fin XVᵉ ou début XVIᵉ s.)
- Salé (branche Aaron Sarfaty, XVIIIᵉ s.)
- Jérusalem (branche Shema Tzarfati, XVIIᵉ s.)
- Damas, Tunis (diffusion talmudique)
- Safi (Abner Israel, début XXᵉ s.)
Origine
La famille Tzarfati (« le Français ») de Fès se rattache, selon sa tradition propre, à Rabbenu Tam (Yaakov ben Meir Tam, c. 1100-1171, petit-fils de Rashi). Le patronyme témoigne d’une migration de France vers l’Espagne (un R. Shelomo Tzarfati apparaît dans les responsa du Ribash à Majorque au XIVᵉ siècle), puis vers le Maroc après les persécutions ibériques.
Établie à Fès au plus tard à la fin du XVᵉ siècle, la famille devient l’une des lignées rabbiniques structurantes de la communauté fassi sur plus de quinze générations consécutives, de la fin du XVIᵉ siècle au début du XXᵉ siècle.
Trois siècles de continuité fassi (XVIᵉ-XIXᵉ siècle)
Génération fondatrice à Fès
- Isaac Tzarfati (mort vers 1600) — dayyan de Fès. Auteur de commentaires bibliques cités par son fils Vidal dans ses propres œuvres.
- Vidal ha-Tzarfati « le senior » (c. 1550-1620) — fils d’Isaac, disciple de R. Avraham Uzziel. Auteur principal de la dynastie : Imrei Yosher (commentaire sur Midrash Rabba, conservé à la Bodleian sous la cote MS. Opp. Add. 4to, 113, et publié seulement en 1874), Tzuf Devash (commentaire du Pentateuque), Derekh ha-Kodesh, Megillat Sefarim, Otzar Neḥemad, Derashot, responsa.
Génération suivante
- Isaac Tzarfati II (mort vers 1660) — fils de Vidal le senior, rabbin et nagid de Fès jusqu’en 1650 (date à laquelle le souverain marocain nomme un autre nagid). Auteur d’index aux textes midrashiques. Ses ajouts marginaux figurent dans le manuscrit Imrei Yosher (MS. Opp. Add. 4to, 113, fol. 36v et suivants).
- Vidal Tzarfati II (1631-1703) — petit-fils de Vidal le senior, dayyan de Fès aux côtés de Sa’adya ibn Danan (descendant du Sa’adya autographe de Grenade) et de Menahem Serero.
Branche cousine (Samuel et Aaron)
- Samuel ben Avraham Tzarfati (1660-1713) — cousin d’Isaac II, dayyan de Fès aux côtés de R. Yehuda ben Atar. Auteur de Divrei Shemu’el (publié 1699) et Nimmukei Shemu’el (publié 1718).
- Aaron Tzarfati (1665-c. 1740) — frère de Samuel, dayyan à Salé. Auteur de Misgav ha-Immahot. Possesseur probable du manuscrit Imrei Yosher à la Bodleian (signature au début des feuillets de garde).
Génération du XVIIIᵉ siècle
- Elijah ben Joseph ben Isaac Tzarfati (1715-1805) — devient, à partir de 1770, l’autorité halakhique principale du Maghreb. Probable point de jonction avec le réseau Ankawa (Abraham Ankawa, voyageant entre Maroc, Algérie et Italie, est de quarante-cinq ans son cadet).
- Israel Jacob Tzarfati (1740-c. 1826) — fils d’Elijah, rabbin et dayyan. Assistant des communautés juives marocaines confrontées aux bouleversements de la fin du XVIIIᵉ siècle (épidémies, intolérances ponctuelles).
- Raphael Menahem Tzarfati (mort 1843) — frère d’Israel Jacob, postes ministériels et nagid.
Branche XIXᵉ siècle
- Vidal ben Solomon Tzarfati (1797-1856) — petit-fils d’Israel Jacob, rabbin et talmudiste reconnu.
- Abner Israel Tzarfati (1827-1884) — dayyan de Fès. Engage des disputes religieuses publiques avec des oulémas musulmans, et compose Yaḥas Fez (« La généalogie de Fès »), travail historique sur la communauté juive de Fès.
- Vidal Tzarfati V (1862-1921) — rabbin de Fès à partir de 1892. Nommé av bet din (président du tribunal rabbinique) par le protectorat français en 1919.
Dernière mention documentée
- Abner Israel Tzarfati (mort 1933) — nommé dayyan à Safi en 1932. Dernier représentant nominalement attesté de la lignée rabbinique formelle.
Branche tunisienne et levantine
Shema Tzarfati (1647-1717) constitue la principale branche cousine hors du Maroc :
- Installé à Damas pendant plusieurs années ;
- Émigré à Jérusalem en 1656 ;
- Talmudiste reconnu dont les novellae circulent dans les cercles rabbiniques tunisiens.
Importance pour le corpus MMJMM
Avec les Duran d’Alger (Rashbatz, Rashbash, leurs descendants), les Aln’kaoua de Tlemcen et les Cansino d’Oran, la famille Tzarfati de Fès constitue l’une des quatre lignées matricielles du judaïsme rabbinique maghrébin médiéval et moderne. Sa singularité tient à :
- la continuité fassi sur quinze générations consécutives (c. 1550-1933) — record de stabilité géographique parmi les familles rabbiniques du corpus ;
- la multiplicité des fonctions communales : dayyanim, naguidim, présidents de tribunal rabbinique, autorité halakhique régionale ;
- l’enracinement nominalement français revendiqué (descendance Rabbenu Tam), unique cas dans le corpus maghrébin de lignée non-séfarade revendiquée comme telle ;
- la production écrite considérable : Imrei Yosher, Tzuf Devash, Yaḥas Fez, plus toutes les responsa diffusées.
Manuscrits documentés au catalogue MMJMM
- MS. Opp. Add. 4to, 113 — Imrei Yosher de Vidal le senior, avec additions de son fils Isaac II et signature d’Aharon Tzarfati.
Sources principales
- Encyclopaedia Judaica, article « Sarfaty » (entrée Encyclopedia.com, consultée 2026-05-27)
- Neubauer, Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library, vol. I, 1886 (n° 2336)
- Vidal Tzarfati, Yaḥas Fez (XIXᵉ s.)
- Jewish Thought in Fez (JSTOR, étude générique)
Liens dans le corpus
Contributions communautaires
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