MMJMM

Italie

Livourne ליבורנו

Depuis 1593

Le port-refuge

Livourne est un port de Toscane, fondé tardivement à la fin du XVIᵉ siècle par les grands-ducs de Médicis comme alternative à Pise, dont le port s’envasait. La ville devient en quelques décennies l’un des plus grands ports francs de Méditerranée.

La « Livornina »

L’événement fondateur, pour le judaïsme, est la publication par Ferdinand Iᵉʳ de Médicis en 1593 des privilèges connus sous le nom de Livornina. Ce document garantit aux juifs sépharades — y compris aux anusim, les convertis forcés revenant au judaïsme — une protection contre l’Inquisition, la liberté de culte, le droit de pratiquer le commerce, et un statut légal stable. À une époque où ces garanties n’existent presque nulle part en Europe catholique, c’est une révolution.

Le résultat est immédiat : des juifs sépharades d’Espagne, du Portugal, du Maroc, de l’Empire ottoman et plus tard du Maghreb entier convergent vers Livourne. La communauté passe de quelques familles en 1593 à plusieurs milliers de personnes au XVIIIᵉ siècle.

Le hub maghrébin

Pour le judaïsme maghrébin spécifiquement, Livourne joue un rôle de plaque tournante :

  • 1669 : les juifs expulsés d’Oran (Cansino, Sasportas et autres) y trouvent refuge et y reconstituent leur communauté. C’est à Livourne que la copie du Maḥzor d’Oran est continuée.
  • XVIIIᵉ siècle : Livourne devient le centre d’imprimerie hébraïque pour tout le Maghreb. Les œuvres rabbiniques d’Alger, de Fès, de Meknès, de Tlemcen, de Tunis sont imprimées à Livourne et expédiées en Afrique du Nord. Le Sha’ar Kevod Hashem d’Ephraïm Aln’kaoua, par exemple, est imprimé à Livourne en 1820.
  • XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles : les grands émissaires de la Terre d’Israël — au premier rang desquels le Ḥida (Ḥayyim Yosef David Azoulai) — s’installent à Livourne, faisant de la ville une articulation entre Jérusalem, l’Italie et le Maghreb.

Pendant deux siècles, Livourne est le pivot du « commonwealth sépharade-maghrébin » : un réseau communautaire, commercial, intellectuel et religieux qui relie Jérusalem à Salé en passant par Tunis, Alger, Tlemcen et Casablanca, avec Livourne comme nœud central.

Le XXᵉ siècle

Au début du XXᵉ siècle, la communauté juive de Livourne compte environ 2 500 personnes, dotée d’institutions prestigieuses (yeshiva, synagogue monumentale du XVIIᵉ s.).

La Seconde Guerre mondiale brise cette continuité. Les bombardements alliés détruisent la grande synagogue. La déportation tue environ 600 juifs livournais — soit le quart de la communauté.

Aujourd’hui

Une petite communauté juive vit encore à Livourne. Une nouvelle synagogue a été construite dans les années 1950. Mais le rôle historique de plaque tournante a disparu : l’imprimerie hébraïque livournaise s’est éteinte, le commerce méditerranéen a changé de visage, et les liens avec le Maghreb se sont d’abord transformés (XIXᵉ-XXᵉ siècles) puis quasiment rompus (après 1962).

Pour le projet MMJMM, Livourne reste incontournable : tout patrimoine manuscrit maghrébin transitant vers l’Europe entre 1669 et 1850 est, à un moment ou un autre, passé par Livourne. Étudier le corpus, c’est aussi étudier cette ville et ses archives.

Repères

Diaspora moderne

Principaux lieux où vivent aujourd’hui les descendants de la communauté :

  • Rome
  • Milan
  • Israël

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